Acquisitions de studio – la position de Nintendo.

A l’heure où on ne parle que de fusions/acquisitions dans le monde des grandes entreprises Hight-Tech, et autres GAMAM, il y a un acteur majeur qui se fait discret à ce sujet : Nintendo.

Comme nous le rapporte Christophe Dring dans son article, Satoru Iwata, alors directeur de la firme de Kyoto, déclarait en 2008, à l’occasion d’une séance de Questions/Réponses avec des investisseurs, que Nintendo, bien que désintéressé quant à l’acquisition d’autres firmes par son entité, saurait en temps voulu franchir le pas de l’acte d’achat.

Une philosophie de longue date

Lors de ces échanges, une question lui avait alors été posée dans le cadre du rachat de Monolith Soft à Bandai Namco.

Monsieur Iwata indiquait « la valeur des entreprises de développement de logiciels est attachée à ses employés, et non à l’entreprise, qui n’est qu’un navire pour ses employés. Ainsi, lorsque nous achetons une entreprise, nous pouvons acheter le navire, mais nous ne pouvons pas nécessairement acheter le contenu. Même si nous devions rivaliser avec d’autres pour acheter une société de logiciels, même si nous pourrions être en mesure d’augmenter le nombre de nos développeurs et d’obtenir un résultat à court terme, nous ne pensons pas que cela nous fera du bien à long terme. »

Dans le cas de Monolith Soft, le PDG de Big-N déclarait que les relations entre les deux firmes avait une vision à long terme. « La façon dont M. Sugiura [CEO de Monolith] pense est proche de la façon dont pense Nintendo. Le logiciel que M. Sugiura aimerait créer correspond à ce que Nintendo aimerait avoir pour sa plateforme. Donc, nous avons pensé que Nintendo devrait soutenir cette idée, et nous avons décidé d’agir ».

Et de finir « Si certaines conditions sont remplies, nous pourrions faire la même chose à l’avenir (M&A). Cependant, nous serons très prudents et sélectifs, afin de ne nous associer qu’à des personnes avec lesquelles Nintendo peut créer une relation de travail à long terme ».

Une mauvaise expérience qui servira de leçon

Pour imager cette réticence à se rapprocher à tout prix d’autres sociétés, il est bon de se rappeler d’un évènement qui aura marqué la firme de Kyoto.

Au milieu des années 90, la société travail en étroite collaboration avec Rare, qui développera des jeux pour la Super NES (Donkey Kong Country, Killer Instinct), la console portable Game Boy, et la Nintendo 64 (Diddy Kong Racing, Banjo-Kazooie, GoldenEye 007, Perfect Dark,…).

En 1995, Nintendo devient actionnaire de Rare à hauteur de 49%.

Mais au début de l’année 2002, les rumeurs vont bon train quant à la volonté des dirigeants de Rare (Chris et Tim Stamper) de vouloir vendre leurs parts. Elles se confirmeront au mois de septembre de cette même année, quand Nintendo revendra également ses parts, pour la somme de 377 millions de dollars, à une société qui venait de lancer sa première console de jeux vidéo : Microsoft.

Dans les faits, Nintendo refusera d’acquérir la totalité de la société Rare car, d’une part, la firme japonaise n’était pas convaincu de la volonté des dirigeants américains de rester en poste sur le long terme (ils céderont leur place finalement au début de l’année 2007), et d’autre part, parce que certains projets sur lesquels travaillaient le studio ne correspondaient plus au style de Nintendo.

Investir dans des entreprises quand le moment est opportun

Par la suite, Nintendo fera l’acquisition d’autres studios de développement, non pas parce qu’ils figuraient sur une liste d’entreprise à racheter, mais plus dans une gestion défensive des licences de jeux développées alors en étroite collaboration.

Lorsque la firme de Kyoto rachète en 2002 la société texane Retro Studio (pour 1 million de dollars), c’est avant tout pour que les développeurs, qui travaillaient alors sur le développement de plusieurs projets de jeux à venir sur la GameCube, concentrent l’essentiel de leur travail sur le jeu Metroid (qui sortira en Europe début 2003).

Au début de l’année 2021, Nintendo annonçait l’acquisition de Next Level Games, pour un montant inconnu. Les propriétaires du studio canadien avaient la volonté de vendre leurs parts de la société, et Big-N ne voulait pas revivre le douloureux souvenir de l’épisode Rare. Ils ont alors décidé de sécuriser la société qui développe depuis plus de 15 ans des licences de renommé comme Mario Strikers ou Luigi’s Mansion.

Une philosophie toujours d’actualité

Shuntaro Furukawa, actuel Président de Nintendo, laissait paraitre récemment que cette vision de rachat d’entreprise était également la sienne. Comme le retranscrit Bloomberg, il indiquait « Notre marque a été construite sur des produits fabriqués avec dévouement par nos employés, et avoir un grand nombre de personnes qui ne possèdent pas l’ADN de Nintendo dans notre groupe ne serait pas un plus pour l’entreprise. »

Même si la firme de Kyoto dispose de plus de 900 millions de dollars pour élargir ses équipes de développement, l’exemple de Rare et la philosophie de Satoru Iwata nous fond bien comprendre que pour Nintendo, l’acquisition d’un navire (NDLR : un studio de développement) n’est rien sans un équipage qui aura la même philosophie de travail que la maison mère.

Et si d’aventure, les sociétés qui travaillent en étroite collaboration avec Nintendo, comme Hal, Intelligent Systems et Game Freak, venaient à être approchées par des groupes tels que Microsoft, Tencent et Sony, nul doute que Big-N n’hésitera pas à vouloir racheter ces sociétés, pour peux que leur façon de concevoir les jeux aille dans le même sens que celle de Nintendo.

Auteur : Nicotref

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